Le parfum d’humilité de sœur Ulrika
Françoise Nisch est née en 1882 à Oberdorf, village du sud-ouest de l’Allemagne, dans une famille pauvre qui comptera quatorze enfants. Après une enfance mouvementée, elle ressent le désir d’être religieuse. En 1904, elle tombe gravement malade. Hospitalisée, elle est soignée par les Sœurs de la Charité de la Sainte-Croix, congrégation dans laquelle elle prendra l’habit le 24 avril 1905, devenant sœur Ulrika. Elle mène alors une vie d’une profondeur spirituelle rare, gratifiée de charismes extraordinaires tout en acceptant les tâches les plus modestes, dans une humilité confondante et une obéissance qui ne l’est pas moins. Elle meurt le 8 mai 1913, à l’âge de trente ans.
Les raisons d'y croire
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Ulrika voit son ange gardien de manière presque permanente. Il a été débattu de savoir si cette expérience visuelle dissimulait un déséquilibre ou une maladie mentale grave. Mais il n’en est rien : Ulrika ne souffre d’aucune atteinte physiologique et son comportement restera jusqu’à sa mort celui d’une femme parfaitement équilibrée, adaptée à son milieu de vie, sociable, aimante et aidante, magnifiquement ouverte au dialogue et aux échanges sociaux de toutes parts, et douée d’une capacité d’adaptation remarquable lorsqu’elle change de fonction.
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Dieu lui offre le charisme d’intelligence ; toutes les religieuses et les prêtres qui la croisent en sont témoins. Malgré son très humble niveau socioculturel, la bienheureuse comprend à la perfection la théologie catholique, jusqu’au moindre détail, sans avoir jamais consulté d’ouvrages spécialisés ni suivi aucune formation en rapport.
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Ulrika prie tout le temps, en cuisine, à la chapelle de la communauté, dans son lit, à table..., ce qui l’amène à percevoir spirituellement le monde, contemplant la présence divine diffuse, dans le réel ordinaire. C’est aussi ce que l’on attribue à François d’Assise.
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À son contact, plusieurs personnes, pourtant mal disposées ou éloignées de l’Église, se convertissent radicalement. L’une d’elles témoigne : « Sœur Ulrika m’a donné une âme nouvelle. »
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Plusieurs témoignages attestent de parfums mystérieux émanant de la personne d’Ulrika et de sa chambre ; une grande partie des sœurs de sa congrégation ont constaté ce phénomène inexplicable. Une religieuse, sœur Bonaventure, a même fouillé minutieusement sa cellule, cherchant à comprendre d’où cette odeur pouvait provenir. Elle n’y a rien découvert du tout, hormis un petit morceau de savon ordinaire !
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En 1912, sœur Ulrika tombe malade. En apprenant le sombre diagnostic – tuberculose avancée –, la réaction de la jeune femme laisse transparaître la force de son espérance : « On va à la maison. Notre patrie est là-haut et non point ici-bas. Je meurs volontiers. »
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Pour sa béatification, en 1987, par Jean-Paul II, l’Église catholique a reconnu une guérison miraculeuse attribuée à son intercession : celle d’une femme à Cologne atteinte d’une maladie grave du foie, considérée incurable.
En savoir plus
Conçue hors mariage, Françoise Nisch naît le 18 septembre 1882 à Oberdorf, village du sud-ouest de l’Allemagne, dans une famille pauvre. Son père, Ulrich, est palefrenier et sa mère, Clotilde, employée dans une auberge du coin. Les grands-parents respectifs n’ont jamais consenti à ce qu’ils se marient car, disaient-ils, la misère aurait raison de leur union. Dans un tel contexte, il faudra un an pour que Clotilde et Ulrich obtiennent enfin l’autorisation de se marier. Le jeune couple s’installe à Unterstadion, près du Danube. Quatorze enfants naîtront de leur amour, dont seulement cinq atteindront l’âge adulte.
Françoise est l’aînée. Peu après sa naissance, ses parents la confient à sa grand-mère et à sa tante Gertrude, qui est aussi sa marraine. Celle-ci transmet sa foi vive à la fillette, ainsi qu’une éducation chrétienne sérieuse.
En 1888, Françoise retourne chez ses parents. Mais, là, elle peine à s’acclimater à la sévérité de son père. C’est une période assez difficile pour elle, au cours de laquelle elle découvre la prière, la contemplation et la liturgie. Elle acquiert un amour inconditionnel pour la Vierge Marie et elle ressent un attrait irrésistible pour l’eucharistie.
Françoise passe cinq ans sur les bancs de l’école primaire d’Unterstadion, où rien ne semble la distinguer de ses petites camarades, hormis un intérêt grandissant pour le catéchisme. Intérieurement, elle ressent en elle un appel et une présence mystérieuse. En 1893, elle retourne chez sa tante Gertrude qui a alors besoin de son aide pour la cuisine de l’auberge qu’elle tient avec son époux, et pour s’occuper de ses trois fils. Le 21 avril 1895, elle fait sa première communion dans la joie totale.
En 1898, la future bienheureuse se rend chez un oncle qui possède une petite épicerie à Sauggart. Elle l’ignore, mais c’est le commencement d’une période très difficile pour elle. En effet, elle doit alors assurer son travail à l’épicerie, le ménage quotidien chez sa tante Gertrude, ainsi que les soins et la toilette de ses trois enfants encore en bas âge. De surcroît, Gertrude perd peu à peu la raison et son oncle se montre agressif à son encontre. Au bout d’un an, elle quitte Sauggart et se rend à Biberach pour travailler dans une boulangerie-pâtisserie. Puis, une opportunité providentielle se présente à elle : une famille suisse, les Morger, de Rorschach, l’engage en octobre 1901 pour s’occuper de ses quatre enfants.
En 1904, Françoise tombe gravement malade : érysipèle facial. Sa vie est en danger. Hospitalisée, elle est soignée par des Sœurs de la Charité de la Sainte-Croix, congrégation enseignante et hospitalière fondée en 1844 par le capucin Théodose Florentini pour l’éducation et l’assistance des pauvres, et à laquelle fut greffée en 1856 une nouvelle branche fondée par la bienheureuse Thérèse Scherer, béatifiée le 29 octobre 1995, pour soigner les malades. Pour Françoise, c’est une révélation. La prière, l’abandon à Dieu, la charité exemplaire, tout incite la malade à prendre une décision radicale : si Dieu le veut, elle deviendra religieuse dans cette congrégation. Effectivement, le 17 octobre 1904, elle entre chez les Sœurs de la Charité de la Sainte-Croix, au couvent de Hegne, bourg allemand aux bords du lac de Constance, puis au couvent de Zell-Weierbach, occupé seulement par trois religieuses. Françoise doit y travailler d’arrache-pied : entretien des locaux, cuisine, soin des malades, participation aux offices liturgiques, temps de solitude… Humainement, c’est pourtant une période de joie et de paix. Françoise a trouvé sa voie.
Elle commence à mener une vie spirituelle d’une incroyable richesse. Son travail, qu’elle ne considérera jamais comme un labeur, se transforme en une offrande permanente à Dieu ; le Christ devient son époux mystique. Elle rend grâce d’être associée, elle, la pécheresse, à la vie trinitaire : amour et lumière. Elle expérimente la communion des saints et plusieurs élus de Dieu nourrissent sa spiritualité et lui servent d’exemples : Marie, d’abord, puis saint Joseph, saint François d’Assise, et enfin son ange gardien, qui lui apparaît très fréquemment.
Rappelée à Hegne pour y effectuer son noviciat, elle prend l’habit religieux le 24 avril 1905, devenant pour l’éternité sœur Ulrika, en mémoire de son père et de saint Ulrich, évêque d’Augsbourg au Moyen Âge. Le lendemain, elle reprend son travail en cuisine. On lui demande quelquefois : « Comment parvenez-vous à supporter la chaleur du fourneau et à abattre tant de besogne ? » Elle répond simplement : « Par amour pour le Sauveur ; pour le Sauveur, on peut tout. » Elle prononce ses vœux définitifs le 24 avril 1907.
Cette fois, Dieu dilate son cœur et lui montre la voie d’une charité jusqu’alors inconnue d’elle. Les sœurs aiment sa présence douce et leur vie commune est ponctuée de gaieté et de bonne humeur. Mais, ce que la bienheureuse aime par-dessus tout, c’est le recueillement en Dieu. « Oui, même le bréviaire, j’ai de la peine à le réciter. Je me sens toujours poussée à la quiétude dans l’amour », écrit-elle dans son carnet intime. Sachant les dangers de la vie spirituelle, elle s’ouvre constamment à son confesseur, à qui elle obéit toujours sans attendre.
Ses supérieures l’envoient bientôt à Bühl, en Allemagne, où on lui demande de s’occuper de la cuisine de l’hôpital. C’est une tâche ingrate, et la religieuse qui l’accompagne a un caractère difficile. Au contact de sœur Ulrika, de manière inexpliquée, celle-ci change, se convertit, demande pardon pour son âpreté et ses manques de charité.
Outre cette paix intérieure, la bienheureuse jouit du don d’intelligence : malgré son très faible niveau socioculturel, elle connaît et comprend parfaitement la théologie catholique, dans ce qu’elle a de plus essentiel. Il lui arrive de parler des attributs de Dieu en présence des autres sœurs : celles-ci témoigneront de ses lumières humainement inexplicables. L’une d’elles dit : « D’où cette sœur si simple tenait-elle une telle science ? »
En octobre 1908, sœur Ulrika est transférée à la maison Saint-Vincent de Baden-Baden, où, comme d’habitude, elle travaille comme cuisinière. Elle est bientôt la tête de turc de religieuses jalouses de sa paix intérieure, de sa constante bonne humeur, et de la fidélité dans l’ascèse et la prière. Sœur Ulrika leur pardonne d’emblée. Un climat de paix extraordinaire enveloppe désormais le couvent sans que personne ne sache vraiment l’expliquer.
Mais la bienheureuse se met à souffrir de violents maux de tête et d’un catarrhe qui dégénère rapidement en une sinusite maxillaire purulente. On l’opère. Sans rien laisser paraître de ses douleurs, elle reprend son travail avec un courage qui force l’admiration.
Un jour, elle fait la connaissance d’une nouvelle servante en cuisine, une jeune femme nommée Gusti. Celle-ci était tombée enceinte encore jeune, tandis qu’elle travaillait dans une auberge. Apprenant sa grossesse, son compagnon l’avait abandonnée. Sans un sou, désespérée, Gusti mit au monde l’enfant, puis le jeta dans un fossé. La justice la condamna à trois ans de prison pour cet acte. Une fois sa peine achevée, elle fut accueillie par les Sœurs de la Charité de la Sainte-Croix. La jeune femme est imprévisible, haineuse, dépressive, parfois violente. Seule la bienheureuse ose entretenir avec elle un vrai rapport humain. Elle s’emploie sans relâche, jour et nuit, à offrir ses souffrances et ses humiliations pour la conversion de Gusti. Un miracle se produit alors, que toutes les religieusesconstatent de leurs propres yeux : Gudi se convertit radicalement ! « Sœur Ulrika m’a donné une âme nouvelle », dira cette dernière. La jeune fille perdue se marie et mènera une vie heureuse.
Elle note encore : « Je ne suis pas du tout contente de moi… comme je suis faible sur ce point (la gourmandise) ! » Elle écrit cependant à une sœur : « On peut et on doit pleurer ses péchés, mais on ne doit pas perdre courage et devenir craintive. Toute faute doit vous affermir dans l’humilité et vous être utile en vous faisant reconnaître de plus en plus votre néant. » Sœur Ulrika est pénétrée du don de crainte de Dieu. Il s’agit de la crainte de déplaire à Dieu et de perdre son amour. C’est un vif sentiment de la sainteté de Dieu qui pénètre l’âme avec toutes ses facultés, et même le corps avec ses sens, suscitant en l’homme une haine efficace du péché. Sœur Ulrika implore la miséricorde pour tous les pécheurs : « Ô doux Cœur de Jésus, sauve-les ! Guéris ton peuple ! Si je pouvais leur faire connaître l’Amour, à tous, et leur faire sentir la soif brûlante de Jésus ! »
En 1912, sœur Ulrika tombe malade. Le diagnostic tombe : tuberculose avancée. Hospitalisée, sœur Ulrika trouve la force de dire au personnel soignant, avec le sourire : « Quand je serai en paradis, je prierai pour vous. » En septembre 1912, les médecins la transfèrent à Hegne. Son état s’aggrave peu à peu. Elle subit des tentations extrêmement dures et a l’impression que toute sa vie spirituelle était une illusion, et qu’elle allait être damnée. Au soir du 8 mai 1913, une infirmière s’approche de son lit pour voir si elle a besoin de quelque chose. À cet instant, une autre patiente, installée dans la chambre voisine, est prise d’une violente quinte de toux. « Allez d’abord chez cette sœur », murmure sœur Ulrika. Lorsque l’infirmière revient, celle-ci a rendu son dernier soupir. L’une de ces dernières paroles fut : « Tout pour mon Seigneur bien-aimé ! »
Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.
Aller plus loin
Norbert Ruf, Leise Worte der seligen Ulrika. Geistlich betrachtet, Beuroner Kunstverlag, Beuron 1997.
En complément
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Sur le site Santi e Beati, l’article « Beata Ulrica Nisch ».
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Karl Ehrle, « Ulrika Nisch (1882 – 1913) », in Kirchen in Mittelbiberach, Schnell und Steiner, München und Zürich 1998.
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Klaus Hemmerle, Die leise Stimme. Ulrika Nisch : ihr Weg und ihre Botschaft, Herder, Freiburg im Breisgau 1988.