La sœur du maire de Washington guérie par l’Eucharistie
En 1817, Ann Mattingly, sœur du futur maire de Washington Thomas Carbery, est atteinte d’un cancer jugé incurable. En 1824, sur le conseil de trois prêtres, la famille contacte Alexander von Hohenlohe, prêtre et thaumaturge autrichien. Celui-ci demande à Ann de suivre une neuvaine et de s’unir par la prière aux messes qu’il célébrera le 10 de chaque mois, à neuf heures du matin. Le 10 mars 1824, à neuf heures précises, Alexander célèbre sa messe à Hambourg tandis que, tenant compte du décalage horaire, l’abbé Dubuisson fait de même dans la chambre d’Ann à Washington, en présence d’une douzaine de personnes. Ann met six minutes à avaler l’hostie, puis, soudain, s’exclame : « Ô mon Dieu, qui suis-je pour que vous m’accordiez une telle grâce ! » Elle vient d’être guérie instantanément, et les ulcères sur son dos ont disparu. Cette guérison stupéfie les médecins, provoque des dizaines de conversions, et le pape Léon XII, dûment informé, ordonne la publication en italien de la première brochure consacrée à ce prodige.
Les raisons d'y croire
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Il y a une parfaite concomitance entre l’instant où Ann parvient à avaler l’hostie et l’amélioration fulgurante de son état. Ce lien temporel direct entre la communion et la disparition immédiate des symptômes désigne clairement l’eucharistie comme la source de ce rétablissement soudain, survenu au cœur même du sacrifice de la messe.
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Après sept années d’une maladie éprouvante, marquée par des ulcères profonds, une fièvre persistante, un affaiblissement extrême et des signes physiques alarmants constatés par les médecins, l’hypothèse d’un mensonge ou d’une simulation apparaît d’autant moins soutenable. Son état est trop grave et trop documenté pour laisser place à une quelconque mise en scène.
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Ann est considérée par tous comme une femme honnête, pieuse et franche. Personne ne lui connaît de troubles mentaux. Sa réputation d’intégrité, confirmée par son entourage et par le clergé qui l’accompagne, écarte l’hypothèse d’une simulation ou d’une exaltation passagère.
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En 1824, une tumeur maligne au sein ne pouvait être guérie par la médecine, et les données historiques confirment qu’une telle pathologie conduisait alors presque inévitablement à la mort. L’absence de traitement efficace rend d’autant plus inexplicable une disparition instantanée et définitive des symptômes, sans rechute jusqu’à la fin de sa vie.
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Si la médecine du début du XIXe siècle ne dispose pas des moyens thérapeutiques pour ralentir ou stopper un cancer du sein, les médecins du temps connaissent parfaitement les signes physiologiques qui annoncent un décès imminent. Plusieurs praticiens se trouvent auprès d’Ann avant sa guérison et ils constatent l’aggravation irréversible de son état.
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Les sœurs, la belle-sœur et l’amie d’Ann sont présentes au moment de sa guérison, et chacune prêtera serment avant de donner sa version personnelle des faits. Au total, trente-quatre dépositions sous serment ont été recueillies.
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Ann et sa famille sont catholiques, mais aucun d’entre eux n’a jamais assisté à un miracle ni revendiqué de charismes extraordinaires. Leur recours à Alexander von Hohenlohe est une démarche de la dernière chance, entreprise sur le conseil de prêtres estimés.
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Le prêtre à l’origine de cette guérison, le prince autrichien Alexander von Hohenlohe (1794 – 1849), n’est ni un farfelu ni le premier venu. Ordonné prêtre en 1815, chapelain de l’Ordre souverain de Malte, il sera plus tard nommé évêque in partibus par le pape Grégoire XVI, en 1844. Connu comme un grand priant et comme un thaumaturge, il exerce son ministère avec l’accord de ses supérieurs et la confiance de nombreux fidèles. À sa mort, il laisse plusieurs ouvrages de spiritualité, signe d’un ministère solide et reconnu.
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Les fruits spirituels de ce miracle sont importants : à l’annonce de l’événement, une trentaine de protestants décident de rejoindre l’Église catholique et de très nombreux autres retournent à la pratique dominicale.
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Le jésuite William Matthews est reçu en audience privée par le pape Léon XII, à qui il explique dans le détail la guérison d’Ann. Impressionné et ému, le souverain pontife ordonne immédiatement la traduction en italien de la première brochure sur le sujet, imprimée l’année même du miracle.
En savoir plus
Citoyenne américaine née en 1785, Ann Mattingly est la sœur du futur maire de Washington, Thomas Carbery (1791 – 1863), avec lequel elle partage une grande maison depuis la mort de son épouse. En bonne santé jusque-là, elle n’a que trente-deux ans lorsque, en 1817, elle commence à ressentir de vives douleurs au flanc gauche.
Un jour, elle perçoit nettement sous son sein gauche une masse de chair, « à peu près de la taille d’un œuf de pigeon ». Au fil des semaines, la douleur s’intensifie, son sein devient de plus en plus sensible, et son état général se dégrade rapidement.
Les médecins de l’époque se succèdent à son chevet, sans succès. Aucun ne parvient à proposer une stratégie thérapeutique. La souffrance augmente et Ann dépérit. Dès 1818, elle connaît des épisodes de douleur intense, qui durent plusieurs jours d’affilée et l’affaiblissent encore davantage. Bientôt, elle est contrainte de garder le lit en permanence.
Ann souffre atrocement : « Elle ressentait constamment une tension sur sa poitrine, comme si elle était serrée brutalement avec un cordon, et une sensation de brûlure interne, ressemblant à une brûlure brute au feu brûlant. » Après de longs mois d’épreuve, tout espoir semble perdu. Les médecins ont renoncé, et l’entourage sait que ses jours sont comptés.
C’est sans compter sur la foi de cette famille catholique, dont chaque membre redouble alors de prières pour la malade. En 1824, grâce à trois prêtres – William Matthews et deux jésuites d’origine française, Anthony Kohlmann et Étienne Dubuisson –, la famille prend contact avec Alexander von Hohenlohe, prêtre autrichien réputé thaumaturge, qui a déjà obtenu des guérisons par la prière.
Celui-ci demande à Ann de faire une neuvaine en union avec lui, puis de s’unir encore à sa prière lorsqu’il célébrera la messe, comme chaque mois, le 10 mars à neuf heures du matin.
Ann accomplit la neuvaine avec recueillement. Le 10 mars 1824, à neuf heures précises, Alexander von Hohenlohe célèbre la messe à Hambourg ; au même moment, en tenant compte du décalage horaire, le père Dubuisson en célèbre une dans la chambre d’Ann à Washington, en présence d’une douzaine de personnes, dont plusieurs médecins. Épuisée, elle met six longues minutes à avaler l’hostie consacrée.
Soudain, sa voix retentit derrière les rideaux du lit : « Ô mon Dieu, qui suis-je pour que vous m’accordiez une telle grâce ! » Elle est guérie instantanément. Les ulcères qui couvraient son dos ont disparu. Elle se lève, le visage transformé. Les médecins présents sont stupéfaits.
La nouvelle de cette guérison se répand rapidement dans la communauté catholique nord-américaine. À Washington, une trentaine de protestants demandent à entrer dans l’Église catholique.
Depuis ce jour, Ann demeure en excellente santé, sans rechute ni faiblesse particulière. Elle meurt en 1855, à l’âge de soixante-dix ans.
Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.
Aller plus loin
Nancy Lusignan Schultz, Mrs. Mattingly’s Miracle : the Prince, the Widow, and the Cure that Shocked Washington City, New Haven, Yale Univzersity Press, 2011.
En complément
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Robert Emmett Curran, « The Finger of God Is Here : The Advent of the Miraculous in the Nineteenth-Century American Catholic Community », The Catholic Historical Review, vol. 73, no 1, janvier 1987, p. 41-61.
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Mgr John England, Examination of Evidence and Report to the Most Reverend James Whitfield, D.D., Archibishop of Baltimore, upon the Miraculous Restoration of Mrs. Ann Mattingly, of the City of Washington D.C., Together with the Documents, Charleston, 1830.
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Affidavits and Certificates Relative to the Wonderful Cure of Mrs. Ann Mattingly, which Took Place in the City of Washington D.C., on the tenth of March, 1824, Washington, James Wilson Printer, 1824.