En Inde, Notre-Dame de Velankanni
Notre-Dame de Velankanni, également appelée Notre-Dame de la Bonne Santé, est un sanctuaire marial majeur de l’Inde, né de trois interventions de la Vierge Marie survenues entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle. À l’origine, Marie apparaît à deux enfants très pauvres du village de Velankanni, puis intervient lors du sauvetage d’un navire en perdition au large de la côte. De ces événements naît un pèlerinage spontané qui ne s’est jamais interrompu depuis le XVIIe siècle. Aujourd’hui, la basilique de Velankanni constitue un phare spirituel catholique dans un pays à majorité hindouiste et attire chaque année des pèlerins venus de toute l’Inde, de nombreux pays asiatiques, ainsi que d’Europe et d’Amérique du Nord. De nombreuses guérisons, reconnues comme inexpliquées, y sont rapportées depuis les événements fondateurs.
Les raisons d'y croire
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Les apparitions de Velankanni s’inscrivent dans une cohérence parfaite avec les autres apparitions mariales de l’histoire de l’Église. Comme ailleurs, Marie ne se manifeste ni à des savants ni à des notables, mais à de petits enfants très humbles et très pauvres, sans poids social ni autorité religieuse. Un jeune porteur de lait exténué par la chaleur, puis un enfant infirme vivant de quelques ventes dérisoires deviennent les témoins de ces événements. Si ces apparitions avaient été construites ou orientées par une intention humaine, on comprendrait mal que leurs premiers témoins aient été choisis parmi ceux dont la parole n’avait aucun intérêt à défendre.
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Les paroles et les gestes de Marie lors des apparitions de Velankanni s’accordent naturellement avec son rôle et sa mission tels que l’Église les connaît. Elle ne transmet ni messages complexes ni révélations nouvelles, mais demande des choses simples et accessibles : un geste de charité envers son fils, la construction d’une chapelle, l’invitation à la prière. Rien qui attire l’attention sur elle-même, rien qui détourne de Dieu. Cette sobriété, constante dans les grandes apparitions mariales, tranche avec toute tentative d’élaboration humaine.
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Le miracle du lait retrouvé intact, après que le garçon a donné une partie de son contenu à Marie, est rapporté simplement et transmis très tôt dans la région. Il ne produit aucun avantage pour l’enfant, qui craint au contraire d’être puni par son maître. Le récit ne met en scène ni exaltation ni mise en valeur personnelle, mais un geste discret de bonté gratuite.
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Lors de la seconde intervention, la guérison du jeune garçon infirme ne se manifeste pas dans un cadre public ou spectaculaire. Elle se vérifie par les faits : il se lève, marche, puis court jusqu’à la ville. Cette guérison est comme la conséquence logique de la mission qui lui a été confiée : aller voir un catholique aisé de Nagapattinam pour lui demander de faire construire une chapelle.
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Lorsque le jeune garçon guéri se rend à Nagapattinam pour transmettre le message reçu, le riche catholique auquel il s’adresse le croit immédiatement. Il explique alors qu’il a lui-même bénéficié d’une apparition semblable, la nuit précédente, dans son sommeil. Le témoignage de l’enfant pauvreet l’expérience intérieure du notable se rejoignent ainsi sans préparation ni échange préalable, et c’est de cette rencontre improbable que naît la première chapelle de Velankanni.
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La troisième intervention mariale à l’origine du sanctuaire est liée au sauvetage d’un navire marchand portugais pris dans une violente tempête au large de Velankanni. Après que les marins ont invoqué Marie sous le nom de Stella Maris, la tempête cesse brusquement, sans signe annonciateur. Le navire parvient à accoster sain et sauf un 8 septembre, jour de la Nativité de Marie. En action de grâce, l’équipage ne cherche ni à diffuser le récit ni à en tirer un avantage, mais se contente de remplacer la petite chapelle de chaume existante par un bâtiment en pierre, inscrivant ainsi l’événement dans un geste simple, durable et public de reconnaissance.
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Dans un pays où le christianisme est très minoritaire et entouré de traditions religieuses anciennes et puissantes, il est frappant que la dévotion née à Velankanni ne soit marquée par aucun syncrétisme (c’est-à-dire aucun mélange ou confusion entre des croyances religieuses différentes). Dès l’origine, Marie y est reconnue comme la Mère de Jésus, et donc comme Mère de Dieu, sans emprunts doctrinaux ni glissements vers d’autres figures religieuses.
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Le pèlerinage à Velankanni naît de manière spontanée, sans plan missionnaire ni encadrement ecclésial initial. Très tôt, des chrétiens et des fidèles d’autres religions s’y rendent ensemble, sans tensions ni affrontements.
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En fait, le premier fruit spirituel constaté à Velankanni, et le plus durable – depuis le XVIIe siècle jusqu’à aujourd’hui – est une paix réelle et stable entre les différents groupes religieux et ethniques de la région. Le sanctuaire est fréquenté non seulement par des chrétiens, mais aussi par des fidèles d’autres religions, qui viennent eux aussi en pèlerinage. Or, ces rencontres interreligieuses, souvent sources de tensions ailleurs, ne donnent lieu ici ni à des frictions ni à des oppositions. Cette paix ne se limite pas au sanctuaire lui-même, mais marque durablement la région alentour, où la cohabitation entre communautés se fait sans violences notables, dans un climat de respect mutuel qui traverse les siècles.
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Depuis le XVIIe siècle, le sanctuaire de Velankanni n’a jamais cessé de bénéficier de l’attention et de l’estime des papes. D’Urbain VIII au pape François, les souverains pontifes ont, sans exception, manifesté leur soutien au pèlerinage et souligné les fruits spirituels qui y sont attachés. Cette continuité, à travers des pontificats très différents par leur sensibilité et leur contexte historique, ne repose pas sur un engouement ponctuel, mais sur une observation patiente et durable d’un lieu où la foi, la prière et la conversion portent du fruit.
En savoir plus
Vers 1580, à Velankanni, sur la côte sud-est de l’Inde, un jeune garçon, humble domestique au service d’un maître du village voisin de Nagapattinam, se met en route pour lui porter un récipient de lait. La journée est suffocante. Fatigué, assoiffé, les pieds endoloris, il poursuit néanmoins sa route, conscient qu’un manquement à son devoir pourrait lui valoir une sévère punition. Épuisé, il fait un léger détour jusqu’à un bassin proche d’un étang et s’allonge à l’ombre d’un grand bananier où, malgré lui, le sommeil l’emporte.
Il est soudain réveillé par une lumière éclatante, au cœur de laquelle apparaît une femme vêtue d’un sari indien. Elle a l’allure d’une reine ; jamais il n’a vu pareille beauté. Dans ses bras, elle tient un enfant dont le visage resplendit d’un éclat singulier, comparable, dira-t-il plus tard, à celui du soleil couchant. Il remarque alors que la tête de la femme et celle de l’enfant sont entourées d’un halo lumineux. Saisi de crainte, il bat des mains et incline la tête avec respect, selon les gestes appris devant les statues religieuses de son pays. La dame lui sourit et lui demande simplement : « Donne-moi du lait pour mon enfant. »
Troublé, il s’interroge : comment sait-elle qu’il transporte du lait, et comment pourrait-il lui en donner puisqu’il appartient à son maître ? Pourtant, il ne peut se résoudre à refuser. Il lui tend le récipient. Elle en transvase un peu, le lui rend, puis disparaît aussi soudainement qu’elle était apparue.
Le garçon reprend sa route vers Nagapattinam. Arrivé chez son maître, il lui raconte aussitôt ce qu’il a vécu, non sans l’implorer de lui pardonner pour le lait manquant. Lorsqu’ils ouvrent le récipient, ils découvrent avec stupeur qu’il est resté entièrement plein. À la demande de son maître, le jeune domestique conduit ensuite celui-ci jusqu’au lieu de l’apparition. Tous deux s’y prosternent avec respect. L’événement se répand rapidement dans la région et la « belle dame » est bientôt reconnue comme la Mère de Dieu. Un pèlerinage naît spontanément, rassemblant des fidèles de différentes religions, sans tensions, dans un climat de paix durable.
Quelques années plus tard, sans doute en 1598 ou 1599, une veuve très pauvre de Velankanni se lamente sur son sort. Son fils, boiteux, ne peut travailler et subsiste en vendant occasionnellement du babeurre. Un jour, elle l’envoie près du grand bananier où le porteur de lait s’était autrefois reposé. Alors que les clients se font rares et que la chaleur devient accablante, l’enfant aperçoit une femme d’une beauté incomparable, portant un enfant. Elle lui demande une tasse de babeurre. Lorsqu’il la lui tend, elle pose sur lui un regard d’une tendresse maternelle qui le bouleverse profondément.
Elle lui demande alors de se rendre à Nagapattinam afin de demander à un riche catholique de lui faire construire une chapelle à Velankanni. L’enfant proteste qu’il ne peut marcher. La dame l’invite à se lever : il se découvre guéri. Il court aussitôt vers la ville, rencontre le notable et lui transmet le message. Celui-ci le croit immédiatement et lui confie avoir reçu, la nuit précédente, une apparition semblable dans son sommeil. La construction de la première chapelle débute peu après, avec l’aide des habitants. Une statue de la Vierge à l’Enfant y est installée, et des guérisons s’y produisent bientôt. Marie y est invoquée comme Notre Dame de la Bonne Santé.
Au début du XVIIe siècle, un navire marchand portugais, pris dans une violente tempête au large de Velankanni alors qu’il relie Macao au Sri Lanka, manque de sombrer. Après que les marins ont imploré la Vierge, le vent tombe brusquement. Le navire accoste sain et sauf un 8 septembre, jour de la fête de Marie. En action de grâce, l’équipage fait remplacer le toit de chaume de la chapelle par une construction plus solide.
Les récits de ces événements ont d’abord été transmis oralement, très peu de temps après les faits, puis mis par écrit dès le XVIIe siècle. Aujourd’hui, une basilique de style gothique, édifiée par des fidèles indiens et portugais, accueille chaque année des millions de pèlerins venus se recueillir à Velankanni. En 1962, saint Jean XXIII a élevé le sanctuaire au rang de basilique mineure – un fait rare sur le continent asiatique –, donnant une nouvelle impulsion au pèlerinage.
Chaque 8 septembre, jour de la fête de la Nativité de Marie, est également célébrée à Velankanni la fête de Notre-Dame de la Bonne Santé. Du 29 août au 8 septembre 2024, près de trois millions de fidèles, venus de toute l’Inde mais aussi de pays voisins et d’Europe, ont participé au pèlerinage.
Outre la quinzaine de sanctuaires indiens dédiés à Notre Dame de Velankanni, des églises ou des lieux de prière ont été édifiés en son honneur sur les cinq continents. On en trouve notamment en Australie, au Canada, en Malaisie, en Indonésie, au Sri Lanka, au Mozambique, au Nigéria, au Portugal, en Afrique du Sud et aux États-Unis, où un oratoire lui est dédié à Washington, ainsi que dans plusieurs villes du Texas.
Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.
Au delà
Les apparitions de Velankanni sont exceptionnelles, notamment par leur localisation (Inde). Rien n’était gagné d’avance, tant s’en faut : les faits se déroulent en terre non chrétienne où, jusqu’à ce jour, les apparitions de la Vierge sont rarissimes.
Aller plus loin
René Laurentin et Patrick Sbalchiero, Dictionnaire des « apparitions » de la Vierge Marie, préface du cardinal Roger Etchegaray, Paris, Fayard, 2007.
En complément
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Sur le site de l’aumônerie catholique tamoule indienne, l’article : « La dévotion de Notre-Dame de Vailankanni ».
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Pascal-Raphaël Ambrogi et Dominique Le Tourneau, Dictionnaire encyclopédique de Marie, préface du cardinal Philippe Barbarin, Desclée de Brouwer, 2015.
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Catherine Clémentin-Ojha, Les Chrétiens de l’Inde. Entre castes et églises, Albin Michel, 2008.
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S. R. Santos, The Shrine of Our Lady of Vailankanni, Tanjore, Don Bosco Press, 1933.