Je m'abonne
© Shutterstock/Doidam 10
Les martyrs
France et Laos
Nº 819
1914 – 1959

René Dubroux, missionnaire au Laos et martyr du Christ

L’un des grands mystères de la foi catholique est que, depuis deux mille ans, partout, des hommes et des femmes, de tous âges et de toutes conditions, acceptent de mourir, souvent de manière atroce, pour affirmer leur foi en la résurrection du Christ et en sa divinité. Ils veulent partager cette vérité et ce trésor, serait-ce au prix de leur vie. C’est le cas du père René Dubroux, des Missions étrangères de Paris, assassiné par les communistes au Laos en 1959 car il refusait d’abandonner les chrétiens qui lui avaient été confiés.


Les raisons d'y croire

  • Rien, sinon l’amour du Christ et un ardent désir de le partager avec les autres, n’explique la décision de l’abbé Dubroux, jeune prêtre du diocèse de Nancy : il renonce à un ministère en principe sans péril pour aller vivre l’aventure missionnaire en Extrême-Orient, alors que la Seconde Guerre mondiale puis la décolonisation rendent là-bas la situation des catholiques difficile et les exposent bientôt à la persécution.

  • Ordonné prêtre le 8 janvier 1939, René est mobilisé à la fin de l’été. Devenu infirmier militaire, il se distingue par son courage sur le champ de bataille et son dévouement aux blessés, qui lui valent la Médaille militaire. Il fait preuve du même altruisme chrétien lorsqu’il est prisonnier militaire pendant quelques mois. Le service des autres, aux dépens de ses aises et même de sa sécurité, est donc pour lui un réflexe normal que seule peut inspirer la charité du Christ.

  • Peut-être ce dévouement lui est-il devenu indispensable : à la rentrée 1943, l’abbé Debroux demande à quitter le clergé diocésain pour entrer aux Missions étrangères de Paris. En raison de la guerre, il doit cependant attendre 1946 avant de partir pour l’Extrême-Orient. Ce départ est la réponse concrète à un appel réel : celui du Christ à servir les autres par amour.

  • Il arrive au Laos alors que débute la guerre d’Indochine qui conduira, en 1954, à l’indépendance du Vietnam et du Laos. Il comprend vite sur le terrain ce que signifierait la victoire des communistes pour les catholiques de la région (environ 6 % de la population). Témoin de leurs exactions vis-à-vis des missionnaires et des atrocités dont sont victimes les chrétientés locales, le père Dubroux pourrait envisager d’abandonner et de rentrer en France. Il n’y pense pas une seconde, totalement investi par son rôle de porteur d’Évangile.

  • Les communistes veulent absolument déstabiliser le gouvernement et organisent des maquis très mobiles, actifs et violents destinés à faciliter leur prise du pouvoir. Éradiquer les missionnaires catholiques est l’une de leurs priorités, et ce par tous les moyens. René ne peut ignorer que sa seule présence le met gravement en danger, mais, comme il l’écrira peu avant sa mort à l’un de ses jeunes catéchistes, il leur faut « planter le royaume de Dieu au Laos ». Il est très lucide sur les risques pris, mais son devoir l’emporte sur tout.

  • Le père Dubroux met la messe et l’eucharistie au cœur de sa vie. Ses paroissiens se souviendront que, même dans des circonstances extrêmes, il ne renoncera jamais à la célébrer tous les jours et à dire son bréviaire. C’est dans cet attachement à la Présence réelle qu’il puise la force de continuer quoi qu’il arrive et de s’en remettre entièrement à la volonté de Dieu sur lui.

  • Alors que de sérieux ennuis de santé l’obligent, en 1954, à regagner la France pour se soigner et se reposer, il refuse de s’en servir comme d’un prétexte pour rester et se mettre à l’abri. Il est donc bien le « bon pasteur », capable de « donner sa vie pour ses brebis » ( Jn 10,11 ).

  • L’assassinat du père René Dubroux, le 19 décembre 1959, est directement lié à sa mission chrétienne et provoqué par la haine de la foi. Sa vie et sa mort rendent crédible la foi catholique par la cohérence radicale entre ce qu’il croit et ce qu’il vit. Si le Christ n’était pas réellement vivant, aimant et digne de confiance, un tel don de soi serait incompréhensible.


En savoir plus

René Dubroux a eu un parcours difficile : né le 27 novembre 1914 à Haroué, en Lorraine, dans une famille assez aisée d’exploitants forestiers, son père se retrouve ruiné. La grande piété de sa mère permettra à la famille de surmonter cette épreuve financière en se tournant vers les richesses spirituelles plutôt que matérielles. La foi est une composante essentielle de la vie familiale.

Le jeune René Dubroux entre au grand séminaire de Saint-Dié en 1933. Il est ordonné prêtre en 1939 et nommé vicaire à la paroisse de Chantraine, vie paisible à laquelle l’arrache la Seconde Guerre mondiale. Infirmier militaire dévoué et courageux, il est fait prisonnier en 1940. Libéré, il choisit de quitter le clergé diocésain pour entrer aux Missions étrangères de Paris en 1943. Il part pour l’Indochine en 1946 et, après deux ans passés comme aumônier militaire, ses supérieurs le chargent d’organiser la nouvelle mission de Namdik, dans le sud du Laos, à Takek.

Le pays vient d’accéder à l’indépendance, et les communistes ont déclenché une guerre civile afin de s’emparer du pouvoir. Ils veulent éradiquer du pays toute présence française et chrétienne. Le père Dubroux le sait et n’a pas l’intention de se laisser faire. Tous ceux qui l’ont connu parlent de son « fort caractère » qui ne l’incite pas à céder, même sous la menace, quand il estime que les intérêts de Dieu sont en jeu. Très conscient de ses devoirs de prêtre, il veut défendre les jeunes gens de la mission contre la tentation de rejoindre les maquis rouges et, comme il est très respecté en raison de son exigence et de sa piété, il est écouté. C’est d’ailleurs pourquoi il devient urgent pour les communistes de le supprimer. Il le sait mais ne change rien, faisant simplement attention à ne pas divulguer trop tôt ses projets et son emploi du temps afin de ne pas risquer le martyre par imprudence.

À la fin de l’Avent 1959, en vue des célébrations, il organise une rencontre des catéchistes, qui jouent traditionnellement un grand rôle puisque le prêtre ne peut pas être partout. Elle doit avoir lieu à Palay, ce que seuls des intimes de confiance savent. Il se trouve pourtant un Judas pour dénoncer aux Rouges l’heure et le lieu du rendez-vous. Alors que la réunion se termine, un groupe d’hommes armés entre dans la salle et abat de sang-froid le missionnaire de deux balles dans la tête.

Ce meurtre a d’abord été mis sur le compte des querelles politiques du temps afin de retarder l’ouverture de la cause de canonisation de René Dubroux. Mais Rome reconnaît finalement que son assassinat a bien été perpétré in odium fidei – en haine de la foi –, ce qui est le fondement canonique du martyre. Il a été béatifié le 11 décembre 2016 en même temps que son successeur, assassiné en 1968, et de quatorze fidèles.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


Aller plus loin

Le site Internet des Missions étrangères de Paris : « Présentation des 17 martyrs du Laos ».


En complément

L’article de Zenit au sujet des martyrs du Laos .

Précédent
Voir tout
Suivant