Samedi 20 décembre 2025
Le mystère de Noël représenté par François Saissac
Pour entrer dans le mystère de Noël, nous vous proposons une méditation sur un tableau hautement symbolique, qui se trouve dans l'église Notre-Dame de l'Assomption de Besset (Ariège) : une Nativité, peinte par le prêtre languedocien François Saissac, peintre actif entre 1637 et 1669.
C’est dans l’église Notre-Dame-de-l'Assomption de Besset, dans l’Ariège que se trouve le tableau la Nativité de Saissac, datant de 1664. Si le style de cette Nativité est naïf et d’une esthétique populaire, le contenu du tableau est porteur d’éléments à la fois narratifs et symboliques, à haute valeur théologique.
Le haut du tableau présente plusieurs anges, dont la fonction est de célébrer la naissance du Rédempteur : les anges musiciens chantent la gloire de Dieu, tandis que l’ange qui occupe la place centrale porte un phylactère sur lequel sont inscrits les mots : « Gloria in excelsis Deo » (gloire à Dieu au plus haut des cieux). L’ange, sous ce phylactère, annonce aux bergers la naissance du Sauveur, et le tableau reproduit fidèlement les paroles de l’Évangile de Luc.
Sur terre, nous nous éloignons du texte de st Luc, en une représentation véritablement théologique du mystère de Noël. Quelques éléments suggèrent la grotte de Bethléem ou la crèche : au-dessus de l’Enfant, la tête du bœuf et de l’âne et un peu de paille pour figurer la mangeoire, et les bergers qui viennent adorer l’Enfant. Jésus est présenté par la Vierge Marie, mise en relief par sa position frontale, sa robe rouge et son manteau bleu, et le lange-linceul sur lequel elle désigne l’Enfant comme son Fils, mais également comme celui qui vient sauver le monde par son sacrifice. Saint Joseph, en retrait, lève les mains, les paumes ouvertes vers l’extérieur, geste symbolique de l’orant (celui qui prie). À leurs pieds, le lys, symbole de pureté et de virginité. D’autres anges surplombent l’Enfant Jésus et font le lien avec le chœur céleste des anges.
St Jean-Baptiste est présenté adulte, au premier plan, sur la gauche du tableau, agenouillé, mains jointes et pieds nus, identifiable grâce à la mélote dont il est revêtu et à son bâton. L’agneau lié qui est à côté de lui et au-dessous de l’Enfant Jésus anticipe et symbolise le sacrifice du Christ, et le livre ouvert, posé à terre, confirme le futur sacrifice, rapporté dans l’Évangile.
Enfin, l’Enfant Jésus est représenté dans le bas du tableau, les yeux grands ouverts et souriant, vêtu d’un simple voile, avec un détail réaliste étonnant : son cordon ombilical est proéminent. Cette représentation est rarissime et peut être interprétée comme une affirmation de l’humanité du Christ. Souvent, en effet, pour éviter la tentation du monophysisme (doctrine qui nie la nature humaine de Jésus), les artistes peignaient des détails réalistes, indiquant que Jésus, vrai Dieu et vrai homme, est bien né de Marie, de façon à la fois naturelle et surnaturelle. Cette représentation symbolique permet d’affirmer la naissance naturelle de Jésus, Nouvel Adam, mais également l’abaissement et le dépouillement de sa vie, librement choisis et inscrits dans le mystère du salut.
Prions Marie, afin qu’elle ouvre les cœurs au mystère de Noël.
Isabelle Rolland