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Lacrymations et images miraculeuses
Île de Tinos (Grèce), XIXe siècle
Nº 973
1822

La Vierge de Tinos accompagne la naissance de la nation grecque

En pleine guerre d’indépendance grecque, une humble religieuse du monastère de Kechrovouni, sœur Pélagie, reçoit trois visites de la Vierge Marie – les 9, 16 et 23 juillet 1822 –, à l’occasion desquelles la « Megalochari » (« celle qui est pleine de grâce ») lui demande de fouiller un champ voisin. L’icône de l’Annonciation est retrouvée sous terre. Cette découverte providentielle, survenue au moment où la nation grecque luttait pour sa liberté, a transformé Tinos en un sanctuaire national et spirituel, faisant de l’île un lieu de pèlerinage majeur en Grèce.


Les raisons d'y croire

  • Le premier témoignage est celui de la religieuse Pélagie elle-même, recueilli peu après les événements par les autorités ecclésiastiques de Tinos. L’histoire relatée est relativement récente, et en aucun cas il ne s’agit d’une tradition apparue progressivement plusieurs générations après les faits.

  • Les archives de la fondation de la Panagia Evangelistria, qui administre le sanctuaire, abritent les procès-verbaux de la découverte de l’icône, les documents relatifs aux fouilles, les actes de fondation du sanctuaire, etc. Ces archives constituent la principale documentation primaire sur les événements de 1822-1823.

  • Un an avant les apparitions de la Vierge Marie à la religieuse, Michel Polyzoès, un vieil homme de Tinos, avait fait un songe dans lequel la Vierge lui indiquait le champ d’Antonios Doxaras et lui demandait d’y chercher son icône. Mais ses recherches étaient restées infructueuses. Lorsque le métropolite Gabriel écoute sœur Pélagie, il se souvient du songe de Polyzoès. La convergence de ces déclarations indépendantes est convaincante ; c’est pourquoi il décide d’ouvrir une enquête et d’entamer des fouilles dans le champ.

  • Ce que l’on découvre accrédite les dires de sœur Pélagie et de Polyzoès : on met rapidement au jour les vestiges d’une église byzantine (du Xe siècle) dédiée à saint Jean-Baptiste, puis l’icône est trouvée le 30 janvier 1823.

  • Sur la base de son style et de son iconographie, les historiens de l’art la considèrent comme une œuvre byzantine des XIIe-XIIIe siècles. Cette datation est compatible avec les différentes phases d’occupation de l’église attestées par les vestiges découverts.

  • Dès les premiers jours qui suivent la découverte, plusieurs guérisons sont rapportées. Des malades sont guéris en touchant l’icône, et les prodiges et les grâces reçues se poursuivent depuis deux siècles. Les milliers d’ex-voto conservés dans l’église en sont le témoignage historique le plus solide : chaque plaque porte le plus souvent un nom, une date et le motif de la grâce reçue. Ils constituent une documentation exceptionnelle sur deux siècles de dévotion populaire.

  • La découverte de l’icône, en 1823, intervient au cœur de la guerre d’indépendance grecque (1821-1829) contre l’Empire ottoman. Alors que l’issue du conflit demeure très incertaine, cet événement est interprété comme un signe providentiel : aux yeux de nombreux Grecs, la Vierge manifeste son soutien au peuple grec et associe la foi chrétienne à son aspiration à la liberté.


En savoir plus

L’histoire commence le 9 juillet 1822 au monastère de Kechrovouni. Sainte Pélagie, alors âgée de quatre-vingts ans, voit une dame d’une beauté indicible entrer dans sa cellule. Elle lui demande de fouiller le champ d’un village voisin à l’emplacement de « sa maison ». Pélagie hésite. Ce n’est qu’à la troisième apparition que la Vierge se montre plus insistante et que l’humble religieuse décide de rendre compte de ses visions aux autorités ecclésiastiques.

Les fouilles commencent sur le terrain d’Antonis Doxaras. On y découvre d’abord les fondations d’une église byzantine dédiée à saint Jean-Baptiste, construite sur un temple de Dionysos. Mais pas d’icône. À l’automne 1822, une grave épidémie frappe l’île de Tinos. Selon la tradition, cette épreuve convainc les habitants de reprendre les fouilles, qui conduisent, le 30 janvier 1823, à la découverte de l’icône.

Les recherches reprennent durant l’hiver et, le 30 janvier 1823, au moment de niveler le sol pour poser le dallage d’un nouvel édifice, un ouvrier, Dimitrios Vlassis, heurte sans faire exprès l’icône avec sa pioche, la brisant en deux exactement entre la Vierge et l’archange Gabriel. Les deux figures demeurent intactes.

Dans une Grèce encore en lutte pour son indépendance face à l’Empire ottoman, l’icône devient un symbole d’unité et d’espérance pour la nation naissante.

Sainte Pélagie a vécu le reste de sa vie dans la prière, refusant toute gloire personnelle. Elle a été canonisée en 1971. On peut encore visiter sa cellule au monastère de Kechrovouni, et son crâne y est conservé comme relique. Selon les fidèles, celui-ci dégage un parfum de myrrhe – signe de sainteté dans la tradition orthodoxe.

Un sanctuaire a été construit sur les vestiges de l’église indiquée par la Vierge. À gauche de l’entrée principale se situe l’icône miraculeuse, protégée par une vitre et presque cachée sous les offrandes. Des milliers d’ex-voto métalliques y sont suspendus. Ils témoignent de guérisons inespérées, d’accidents évités, de paix retrouvée… L’étage inférieur abrite la source d’eau qui a jailli miraculeusement du sol après la découverte de l’icône. Les pèlerins y lavent leur visage, certains remplissent des bouteilles qu’ils emportent chez eux.

Aujourd’hui, plus d’un million de pèlerins viennent chaque année à la petite « Lourdes grecque » : c’est le plus important pèlerinage du pays. Cette petite île de 195 km² abrite plus de mille églises et chapelles.

Octavie Pareeag, journaliste.


Au delà

La dévotion à Tinos ne se limite pas à un événement passé. C’est une foi incarnée : les pèlerins qui gravissent à genoux la rampe de 800 mètres qui mène à l’église Panagia Evangelistria offrent un témoignage brut d’espérance.


Aller plus loin

Visiter le monastère de Kechrovouni (« le couvent des nuages »), où sainte Pélagie a vécu. C’est un village monastique blanc, hors du temps, qui conserve le crâne de la sainte dans une châsse d’argent.


En complément

  • Markos N. Psaltis, Sainte Pélagie de Tinos : sa vie et ses miracles, Éditions du Sanctuaire de Tinos, 1995.

  • Evy Johanne Haland, The Ritual Year of the Icon of the Annunciation on the Island of Tinos, 2011.

  • Katerina Seraïdari, « La Vierge de Tinos : le cœur sacré de l’État grec », Archives de sciences sociales des religions, no 113 (2001), p. 45-59.

  • L’article de l’Encyclopédie mariale : « Tinos : la Panaghia Evanghelistria (icône de l’Annonciation) ».

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