Les vingt et un jeunes martyrs coptes exécutés en Libye
Le 11 mai 2023, le pape François annonce l’ajout au martyrologe romain de vingt et un hommes morts en martyrs : vingt Égyptiens coptes orthodoxes et un Ghanéen. Ces jeunes travailleurs immigrés en Libye, issus de familles pauvres de Haute-Égypte, sont arrêtés et enlevés entre décembre 2014 et janvier 2015. Lors de leur détention, leurs bourreaux les torturent pour les décourager et les forcer à renier leur foi. Aucun ne cède. Le 15 février 2015, ils sont égorgés froidement sur une plage de Syrte par des musulmans de Daech. S’ils acceptent de mourir, ce n’est pas pour une idée, mais pour une personne : Jésus-Christ. Leurs derniers mots, entendus dans la vidéo macabre diffusée par l’État islamique, en témoignent. Ils n’ont que le nom de Jésus sur les lèvres, jusqu’à leur dernier souffle.
Les raisons d'y croire
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Venus chercher du travail, ils sont conscients du danger encouru en Libye : leurs familles témoignent qu’ils connaissaient les dangers auxquels ils s’exposent dans ce pays où, depuis l’exécution du président Kadhafi en 2011, les groupes rebelles islamistes font régner la terreur.
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Ces jeunes hommes, parfois sur le point de se marier ou déjà jeunes pères de famille, acceptent le sacrifice de partir loin des leurs, à contrecœur, pour travailler et subvenir aux besoins de leurs proches. Leurs familles témoignent de leur honnêteté, de leur sens du service et de leur attachement à l’histoire et à l’exemple des saints martyrs coptes. Elles disent aussi que c’étaient des hommes « comme tout le monde », avec leurs faiblesses, mais que leur force résidait dans « leur désir de toujours plaire à Dieu ».
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On sait que, pendant les deux premières semaines, les otages sont bien traités et nourris. On leur propose de l’argent pour renier leur foi. Aucun d’entre eux n’accepte. Alors commencent les tortures. Forcés de tirer sur la plage des sacs de sable mouillés, les poings liés dans le dos, battus jusqu’au sang, ils sont soumis régulièrement aux mêmes injonctions : « Si tu te convertis, tout cela cessera. » Devant leur fermeté, on les brûle avec des morceaux de métal chauffés à blanc, on leur arrache les ongles, on les empêche de dormir en les aspergeant d’eau la nuit… Les sévices durent quarante-sept jours, mais rien ne les fait plier.
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Pendant tout leur temps de détention, grâce à une source interne à Daech, on sait que les tortionnaires sont de plus en plus troublés par des signes qui surviennent lorsqu’ils s’en prennent à leurs prisonniers : des orages éclatent parfois sans raison, un tremblement de terre ébranle la cave où ils sont retenus, une senteur d’encens se répand, ainsi que des changements de lumière inexplicables lors de leur passage sur la plage… Des silhouettes floues ont aussi été vues, accompagnant les détenus à certains moments. Tout cela augmente à la fois la colère de leurs bourreaux et la force des martyrs.
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L’un des détenus, Matthew Ayariga, est un Ghanéen non chrétien. Enlevé en même temps que les Coptes, il est touché par leur courage extraordinaire et par les signes dont il est témoin. Aux geôliers qui lui proposent de partir, il répond qu’il veut rester avec les prisonniers et déclare : « Leur Dieu est mon Dieu. » Cette conversion au cœur de la persécution est très éloquente et crédibilise fortement la réalité et la surnaturalité des signes qui accompagnaient les prisonniers. Il sera exécuté au centre du groupe par le chef des bourreaux.
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Les familles des martyrs apprennent la mort de leurs proches par la vidéo de propagande de l’État islamique, diffusée à la télévision égyptienne en février 2015. Elles témoignent de la beauté de leurs regards et du fait que pas un seul, jusqu’au dernier instant, ne manifeste le moindre doute avant d’être égorgé. Au contraire, leurs derniers mots sont tous de la même teneur : « Mon Seigneur Jésus », ou encore « Seigneur, pardonne-leur… ».
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Daech veut humilier et écraser les chrétiens par ces décapitations filmées, mais les conséquences sont tout autres. Les familles des défunts louent Dieu d’avoir permis que leurs enfants, leurs pères, leurs époux demeurent fermes dans la foi.
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Le père du martyr Luka Nagaty confesse que, s’il rencontrait les bourreaux de son fils, il prendrait « la main de celui qui a tenu le couteau » et il l’« embrasserait », parce qu’elle a « conduit mon fils vers le Ciel ». Ces paroles peuvent bouleverser ou paraître incompréhensibles. Elles expriment cependant la conviction chrétienne que la mort n’est pas une fin définitive et que l’espérance du Ciel l’emporte même sur l’horreur du martyre.
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Les vingt et un martyrs sont canonisés par le patriarcat copte orthodoxe peu après les faits, et Matthew Ayariga est compté parmi eux, même s’il n’appartenait pas à cette Église. Le pape François annonce ensuite, le 11 mai 2023, que ces martyrs ont été « baptisés non seulement dans l’eau et dans l’Esprit, mais aussi dans le sang », et que ce sang est « semence d’unité pour tous les disciples du Christ ». Il ajoute : « Aujourd’hui, nous vivons un " œcuménisme du sang ". » C’est pourquoi il les inscrit au martyrologe romain comme martyrs du XXIe siècle.
En savoir plus
Nourris dès leur plus jeune âge par les récits des saints martyrs de leur pays, les Coptes sont enracinés dans une terre chrétienne depuis l’évangélisation de l’Égypte par saint Marc. L’héroïsme des vertus et le courage dans les persécutions ne sont pas inhabituels pour ce peuple.
Voici le nom des vingt et un hommes persécutés pour leur foi : Tadros Youssef (47 ans) ; Maged Soleyman (42 ans) ; Hani Abdelmessih (32 ans) ; Ezzat Boshra (31 ans) ; Malak Farag (31 ans) ; Samuel Alham (29 ans) ; Malak Ibrahim (29 ans) ; Luka Nagaty (28 ans) ; Sameh Salah (27 ans) ; Milad Makin (27 ans) ; Essam Badar (25 ans) ; Youssef Shokri (25 ans) ; Bishoy Estefanos (25 ans) ; Samuel Estefanos (23 ans) ; Gerges Samir (24 ans) ; Abanob Ayad (24 ans) ; Mina Fayez (24 ans) ; Kyrollos Boshra (24 ans) ; Gaber Mounir (23 ans) ; Gerges Milad (23 ans) ; Matthew Ayariga (âge inconnu).
Ils sont issus des villages d’Al-Our et de Samalout, en Haute-Égypte, dans la région de Minya. Ces toponymes ont en arabe un sens providentiel : « lumière » et « paix ». Seul Matthew Ayariga vient du Ghana et rejoint le groupe dans des circonstances peu connues. On sait qu’il devient chrétien grâce à l’exemple et à la réaction surnaturelle des Coptes dans cette situation terrible. Il ne change pas seulement par compassion pour eux : il se convertit parce qu’il veut servir « leur Dieu », qu’il reconnaît comme le vrai Dieu. Cela témoigne d’une quête sincère de vérité. À ce jour, personne n’a réclamé ses restes ; aussi a-t-il été enseveli avec ses compagnons de martyre. Ils reposent dans une basilique construite en leur honneur dans le village d’Al-Our, où l’on peut venir en pèlerinage.
Le contexte politique de l’époque demande un court retour en arrière pour comprendre le climat dans lequel les vingt et un chrétiens ont été exécutés en Libye. Cinq ans auparavant, en 2010, commence le mouvement du « printemps arabe » dans plusieurs pays d’Afrique du Nord : en Tunisie, avec la chute du président Ben Ali ; en Égypte, avec le départ de Moubarak ; puis, par escalade, en Libye, au Yémen, en Syrie, etc. Une partie de la jeunesse aspire à des conditions de vie différentes et à la démocratie. En Égypte, le pays bascule dans une crise politique et sécuritaire, avec une alternance de pouvoir militaire et islamiste qui entraîne une forte instabilité pendant plusieurs années. En Libye, le soulèvement de 2011 provoque la chute de Kadhafi, exécuté en octobre de la même année. Le pays est alors livré à des groupes rebelles et s’enfonce dans une guerre civile qui dure. L’État central s’effondre, les milices se disputent le pouvoir, et les groupes jihadistes, dont l’État islamique, s’installent dans ce vide sécuritaire, surtout autour de Syrte. L’année 2013 est aussi une année sanglante pour les chrétiens d’Égypte : on compte alors de nombreuses attaques, incendies d’églises, attentats et violences.
Les vingt jeunes hommes partent pour la Libye, où la construction en bâtiment donne encore du travail, malgré la guerre. Ils savent déjà qu’ils prennent un risque immense en allant dans ce pays. Cela ne les décourage pas : il est trop difficile de trouver du travail dans leur pauvre village. Ils sont déterminés à prendre ce risque et annoncent d’avance à leurs familles que rien ne pourra les séparer du Christ.
Le 28 décembre 2014, sept d’entre eux sont arrêtés à bord d’un van à l’approche de la frontière, alors qu’ils rentrent dans leur pays. On leur demande s’ils sont chrétiens ou musulmans. S’ils se disent chrétiens, ils savent qu’ils ne pourront pas passer le point de contrôle, situé à quelques mètres d’eux. Il leur « suffirait » de mentir pour franchir la frontière et échapper à la mort. Mais, contre l’avis de leur chauffeur, qui leur demande de ne rien révéler, ils répondent : « Nous, on va dire qu’on est chrétiens […]. S’ils veulent quelque chose, je suis prêt, je ne cache pas ma croix. » Le 3 janvier 2015, treize autres hommes sont arrêtés chez eux et rejoignent les premiers otages.
Au début de leur détention, on les nourrit correctement et on prend soin d’eux. Mais les interrogatoires s’intensifient et deviennent de plus en plus haineux et agressifs, jusqu’à ce que tout respect disparaisse. Ils subissent alors de nombreux sévices corporels, toujours accompagnés de pressions pour les faire abjurer. Rien ne les fait fléchir. Au contraire, leur fermeté augmente la colère de leurs bourreaux. Ils sont soutenus par leur foi, par leurs familles, qui prient pour eux de loin, et par la communion des saints morts en martyrs avant eux. Des signes surnaturels, rapportés par des informateurs au sein de Daech, semblent montrer combien Dieu et ses anges étaient avec eux.
Lorsqu’ils sont conduits sur la plage pour l’exécution, tout est filmé par Daech. On voit les regards sereins de chacun, leur attitude paisible et recueillie. Daech utilise précisément cette vidéo comme propagande, pour montrer sa « suprématie » et sa volonté d’effacer les chrétiens de Libye, mais c’est l’effet inverse qui se produit. Comme les carmélites de Compiègne , guillotinées pour leur foi, ils marchent vers la mort, pieds nus et vêtus d’orange pour la mise en scène. Ils restent fidèles à Dieu et à leur tradition de « nation de la croix ».
Élisabeth de Sansal, diplômée de bioéthique à l’université pontificale Regina Apostolorum, à Rome.
Au delà
Comme le souligne déjà Tertullien, entre 160 et 220, « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». À cela on peut ajouter, pour écarter les comportements excessifs et toute recherche délibérée de la mort, les mots de saint Augustin, au IVe siècle : « Ce n’est pas la peine [le supplice] qui fait les martyrs, mais la cause. »
Aller plus loin
Le documentaire KTO TV réalisé par Samuel Armnius, un Copte français retourné au village des martyrs : « " Les 21, la puissance de la foi ", lauréat du prix père Jacques Hamel 2025 ».
En complément
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La vidéo de la chaîne YouTube Nour Al Aalam : « Armé jusqu’aux dents, Daech a perdu face à 21 hommes désarmés ! »
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L’article d’Aleteia pour les dix ans du martyre : « Il y a dix ans, les 21 martyrs de Libye, miracle de la simplicité dans la foi ».