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Une vague de charité unique au monde
Italie
Nº 913
1786 – 1842

Saint Joseph-Benoît Cottolengo ou la charité absolue

Né en 1786 dans une famille de la bourgeoisie piémontaise, Joseph-Benoît Cottolengo accomplit une œuvre de charité exceptionnelle à tous points de vue. Ordonné prêtre le 8 juin 1811, il devient chanoine. Lors d’une rencontre avec un mourant, il décide de consacrer sa vie aux nécessiteux et aux infirmes. Le 17 janvier 1828, il inaugure à Turin le « Dépôt des pauvres infirmes du Corps du Christ », qui devient en 1832 la « Petite Maison de la Divine Providence », ou le « Cottolengo ». Joseph accueille et soulage toutes les misères. Les Turinois voient rapidement en lui un grand saint. Il meurt le 30 avril 1842, et Pie XI l’inscrit au catalogue des saints en 1934. Le Cottolengo a aujourd’hui essaimé dans le monde entier.


Les raisons d'y croire

  • Ni les facteurs humains ni les circonstances historiques ne peuvent rendre compte de l’essor prodigieux, en quelques années seulement, du « Cottolengo ». À partir de rien, alors que le saint n’a pas d’argent, sans mendier et sans faire de provision, l’établissement grandit de façon exponentielle. Joseph-Benoît avait coutume de dire : « La Providence m’envoie tout » ; et, effectivement, elle ne l’abandonne jamais. Le Cottolengo ne vit que de la charité de quelques bienfaiteurs, jour après jour, sans aucune autre source de revenus.

  • Cette maison est bien davantage qu’un simple hôpital : on y accueille depuis l’origine toutes les pathologies, en particulier celles qui, au XIXe siècle, étaient peu ou prou écartées par les praticiens hospitaliers, notamment les épileptiques et les patients atteints de troubles mentaux et de lourds handicaps physiques… En effet, son rapport aux personnes considérées comme folles est absolument remarquable, en un temps où la médecine était encore impuissante à les prendre en charge et où la société civile ne leur portait guère d’intérêt.

  • Les soins prodigués sont eux aussi hors norme : ils allient accompagnement humain et spirituel, aide matérielle, sociale et professionnelle – notamment pour les chômeurs et les jeunes sans formation ni ressources –, ainsi qu’une assistance durable aux plus fragiles. Fidèles à la vision anthropologique chrétienne, ils prennent en compte la personne humaine dans toutes ses dimensions, en reconnaissant en chacun sa dignité d’enfant de Dieu.

  • Son « goût » pour les pauvres n’est en rien une compensation psychologique face à la misère qu’il aurait lui-même connue dès son enfance, car sa famille ignore les difficultés matérielles. L’enfant n’a pas été heurté par une situation de pauvreté qui n’existait ni pour lui ni pour les siens. Il s’agit en fait d’une aventure spirituelle dont l’objectif est d’accompagner et de guérir tout homme souffrant, vivante image du Christ. « Si vous compreniez qui représentent les pauvres, vous les serviriez à genoux », explique-t-il.

  • Sa première rencontre avec un malade constitue un « déclic » intérieur décisif : par la grâce, elle fait naître en lui une charité surnaturelle qui excède les seules forces humaines et oriente durablement son action.

  • Rien, hormis sa foi, ne permettait au saint d’affirmer que sa charité se poursuivrait après sa mort. La congrégation qu’il a fondée perdure effectivement depuis le milieu XIXe siècle et a prolongé son essor extraordinaire : partis de rien, sans argent ni appui, les Cottolengiens sont aujourd’hui présents dans plusieurs pays à travers le monde (d’Inde à la Tanzanie, des États-Unis à la Suisse), au nombre de 2000.

  • Joseph a été successivement béatifié puis canonisé par le Saint-Siège avec, pour chacune de ces deux étapes, la reconnaissance publique de plusieurs miracles dus à son intercession. Maria Carlota Mozzoni Stellaris est guérie d’une ostéomalacie grave – alors qu’elle était alitée depuis plus de six ans –, après une prière explicitement adressée à Cottolengo. De même, Maria Angela Fusero, dix-sept ans, souffrant de péritonite aiguë sévère, retrouve soudainement une santé parfaite, à la stupéfaction des médecins. Les dossiers complets (expertises médicales, témoignages sous serment, chronologie, etc.) sont conservés dans les archives vaticanes.


En savoir plus

Né à Bra en 1786, Joseph est l’aîné d’une famille sans histoire de douze enfants de la petite bourgeoisie piémontaise. Contrairement à ce qui a pu être prétendu, sans preuve, l’enfant a grandi entouré de l’affection des siens et n’a jamais connu la misère.

Il se révèle vite un élève doué et travailleur, faisant l’admiration de ses maîtres et de ses camarades de collège qui le surnomment affectueusement « Cicéron », tant ils apprécient ses talents d’orateur.

En 1804, certain que Dieu l’appelle au sacerdoce, il entre au séminaire, où il suit un parcours sans encombre. Ordonné prêtre le 8 juin 1811, il soutient brillamment sa thèse de théologie, puis il est nommé vicaire dans une paroisse rurale : c’est son premier contact avec les pauvres du coin, qui trouvent déjà en lui un ami et un bienfaiteur.

Il regagne Turin sur ordre de son évêque, où il est bientôt élu chanoine à l’église du Corpus Domini en 1827. Ses talents d’orateur le rendent populaire ; il devient un abbé recherché, qu’on aime écouter parler des choses de la foi, et avec lequel on adore s’entretenir. L’intelligentsia turinoise l’invite à partager ses repas. Sa réputation grandit.

Un jour, des paroissiennes lui demandent de se rendre, toute affaire cessante, chez une femme mourante et sans le sou. Sans demander de plus amples renseignements, certain que quelque chose l’y attend, il se rend chez cette personne. C’est un choc pour lui, car il découvre en cette femme à l’agonie, encore jeune et qu’aucun médecin n’avait voulu secourir, le visage de Jésus souffrant comme il ne l’avait encore jamais perçu. Il accompagne cette femme jusqu’à la fin. En sortant de chez elle, quelque chose a définitivement changé en lui. Il est bouleversé et choqué par l’absence de compassion dont les habitants de Turin – majoritairement catholiques – ont fait preuve en ne prêtant pas assistance à la femme mourante.

C’est clair : il veut agir, ici et maintenant, pour assister les pauvres de la ville, mettant ainsi ses pas dans ceux de saint Vincent de Paul , auquel il va vouer un culte de tous les instants jusqu’à son dernier souffle. Son projet ne consiste pas seulement à recevoir pauvres et malades, mais également celles et ceux qui sont exclus des hôpitaux et des asiles : tous, jusqu’au plus défiguré, au plus méprisé, au plus abandonné. Pour cela, il imagine un établissement où collaboreront religieux et laïcs, moniales et prêtres, toutes et tous convaincus qu’ils ne tendent pas la main à des déclassés, à des estropiés, à des vagabonds, à des incurables, mais au Christ lui-même.

Le 17 janvier 1828, le futur saint fonde le « Dépôt des pauvres infirmes du Corps du Christ ». Mais l’aventure va mal tourner, car un tel débordement de charité exaspère certains confrères de l’abbé Cottolengo et quelques laïcs peu enclins à voir s’installer dans leur quartier autant de miséreux. Sur ordre de l’archevêque de Turin, le Dépôt ferme ses portes en 1831.

Mais le saint a l’intuition que Dieu va l’aider. De fait, il obtient la permission de rouvrir son institution le 27 avril 1832, dans un autre quartier de Turin. Il change le nom du Dépôt qui devient la « Petite Maison de la Divine Providence » (« Picola Casa »). Très rapidement, l’institution connaît un succès énorme. La Petite Maison accueille des centaines, puis des milliers de personnes, venues des quatre coins de Turin, mais aussi des alentours. À la mort du saint, en 1842, l’établissement comptera 7 000 lits, plaçant la Petite Maison très largement au premier rang des instances de charité dans l’Italie de cette époque.

L’abbé Cottolengo n’a aucun argent et compte uniquement sur la providence divine, qui ne l’abandonnera jamais. Peu à peu, comme si la charité était contagieuse, se présentent à lui des personnes qui veulent lui prêter main-forte : laïcs, religieuses et religieux, prêtres…

Le saint crée alors deux groupes de collaborateurs : le premier sera voué à la charité matérielle, et le second accomplira les œuvres de charité spirituelle, priera pour les malades, les défunts et l’ensemble des collaborateurs. Le saint leur enseigne que les « plus à chérir sont toujours les plus rebutants et les plus abandonnés ». Progressivement, le champ d’action de l’établissement s’élargit : on accueille bientôt sans-abri, orphelins, jeunes délinquants, anciens détenus, chômeurs…

Avant la disparition du saint, les membres de la Petite Maison (les « Cottolengiens ») essaiment dans d’autres régions de la péninsule italienne, puis en Suisse, en Inde, en Afrique, aux États-Unis et en Équateur. Peu avant de quitter ce monde, le 30 avril 1842, l’abbé Cottolengo exprima sa joie d’être bientôt auprès de Dieu, d’où il pourra, comme il le disait, se pendre au manteau de la Vierge Marie.

Jeune, il avait écrit sur un cahier qu’il voulait devenir un saint. L’Église a proclamé sa sainteté : reconnu vénérable en 1877, il a été canonisé par le pape Pie XI.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Aller plus loin

Marie-Françoise Espinouse, Saint Joseph Cottolengo. La foi en la Providence, Paris, Téqui, 2000.


En complément

  • L’article d’Aleteia : « Joseph-Benoît Cottolengo, l’apôtre des déshérités ».

  • Le site Internet Cottolengo , en italien.

  • Le discours du pape Benoît XVI , lors de sa visite pastorale à Turin.

  • La page RCF « À l’école des saints » par Jean-Luc Moens : « Saint Joseph-Benoît Cottolengo ».

  • Père Ughetto, Saint Joseph-Benoît Cottolengo, Éditions PEL, 1954.

  • Anne Le Cour Grandmaison, Un émule du curé d’Ars et de Don Bosco : saint Joseph-Benoît Cottolengo, 1797-1842, béatifié le 29 avril 1917, canonisé le 19 mai 1934, Marseille, Publiroc, 1936.

  • P. Gastaldi, Le Miracle de la charité ou Vie du vénérable Joseph-Benoît Cottolengo, Nice, imprimerie et librairie du Patronage Saint-Pierre, 1884.

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