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© Unsplash/Josh Applegate
Miracles eucharistiques
Marseille-en-Beauvaisis (actuel département de l’Oise, France)
Nº 825
Fin décembre 1522 au 2 janvier 1533

Les hosties miraculeuses de Marseille-en-Beauvaisis

Le jour de Noël 1532, dans le village de Marseille-en-Beauvaisis, un ciboire contenant des hosties consacrées est dérobé dans l’église paroissiale. Les voleurs se débarrassent de ces hosties en les cachant sous une grosse pierre, dans la rue principale du village. Le 1er janvier 1533, alors que la neige recouvre la région, un villageois soulève la pierre qui a servi de cachette et découvre en dessous, sur le sol, des hosties totalement intactes. Se souvenant du vol, il avertit le curé, qui érige une croix entourée d’un buisson épineux sur les lieux. Des guérisons sont consignées. Plus tard, une chapelle est construite. Chaque 2 janvier, un pèlerinage y est organisé, qui se poursuit encore aujourd’hui.


Les raisons d'y croire

  • Tout commence par un acte de profanation d’hosties consacrées à la suite du vol du ciboire dans l’église paroissiale, le jour de Noël 1532, à Marseille-en-Beauvaisis. Ces hosties, abandonnées dehors pendant plusieurs jours, cachées sous une pierre et exposées au froid et à la neige, sont retrouvées intactes le 1er janvier 1533. Les circonstances mêmes de cette découverte, comme la parfaite conservation des hosties malgré le temps et les conditions, frappent les habitants. Très rapidement, le lieu devient un point de prière où sont constatées des guérisons, donnant naissance à un pèlerinage durable.

  • Ce pèlerinage ne s’est pas éteint avec le temps : depuis 1533, il traverse les siècles sans réelle interruption. Ni la Révolution, pourtant dévastatrice pour la chapelle, ni les deux conflits mondiaux n’ont entamé durablement la ferveur spirituelle des habitants, qui ont continué à venir prier sur les lieux et à recevoir des grâces concrètes et dûment constatées.

  • Les faits rapportés et les guérisons ne reposent pas sur une simple tradition orale : ils ont été consignés par Pierre Louvet (1617 – 1684), archiviste et historiographe originaire de Beauvais. Historien professionnel, reconnu pour sa rigueur et sa connaissance des archives locales, il est le seul auteur du XVIIe siècle à avoir traité avec sérieux et précision l’histoire du pèlerinage et des événements qui l’ont entouré, assurant ainsi une transmission documentée et crédible de ces faits.

  • Les guérisons rapportées dans et aux abords de la chapelle frappent par leur diversité et leur soudaineté. Parmi celles-ci, on retient notamment celle du père Jacques Sauvage, curé du village : totalement paralysé et incapable de parler, il recouvre la santé en un instant. Le contraste entre l’état décrit (paralysie complète, mutisme) et le rétablissement immédiat donne au témoignage un relief particulier.

  • Un autre cas intéressant est celui de M. d’Autreche, aveugle de naissance, qui retrouve la vue après sa venue à la chapelle. Cette guérison, attestée par tout le village, n’est pas passagère : il conservera une vision parfaite jusqu’à sa mort.

  • En mai et juin 1940, Marseille-en-Beauvaisis est durement touché par les bombardements allemands : 480 bombes détruisent une partie des habitations. La chapelle est atteinte, mais elle échappe pourtant à la destruction générale et demeure debout au milieu du déluge de feu.

  • L’absence de reconnaissance canonique formelle a parfois été avancée pour relativiser les faits. Cet argument doit être nuancé : si aucun décret officiel n’a été promulgué, les autorités diocésaines ont néanmoins autorisé dès l’origine la célébration d’une messe annuelle, le 2 janvier, à Marseille-en-Beauvaisis. Par ailleurs, le contexte troublé des guerres de Religion rendait toute procédure difficile, voire impossible dans la région : l’évêque de Beauvais, Odet de Coligny, passé au calvinisme en 1567, fit même consommer les hosties pour tenter de mettre fin au pèlerinage, lequel ne put se déployer à nouveau librement qu’au début du XVIIe siècle.


En savoir plus

Le 25 décembre 1532, Marseille-en-Beauvaisis (Oise, France) s’apprête à célébrer Noël comme il se doit. Ce petit bourg du nord de la France, assoupi sous un hiver rigoureux, se réjouit de fêter la naissance du Sauveur. Une rumeur persistante circule pourtant depuis plusieurs mois : un conflit possible entre catholiques et protestants, jusque dans les plus hautes sphères du royaume.

Une fois les cérémonies achevées, un événement vient bouleverser la tranquillité du village. Des malfaiteurs s’introduisent dans l’église paroissiale dédiée à saint Martin ; ils fracturent le tabernacle et dérobent un beau ciboire en argent contenant des hosties consacrées le jour même. Cet objet faisait la fierté du curé comme celle de ses paroissiens.

Sortis de l’édifice, les voleurs déposent les hosties dans un chiffon, qu’ils dissimulent sous une grosse pierre, dans la rue principale de Marseille-en-Beauvaisis. Personne n’a rien vu ni entendu.

Le 1er janvier 1533, une violente tempête de neige s’abat sur la région, la recouvrant d’un épais manteau blanc. Jean Moucque, habitant du village, décide malgré tout d’emprunter la rue principale. Alors qu’il avance péniblement dans la neige, son attention est soudain attirée par une grosse pierre, au bord de la rue, qui semble déplacée. Il s’interroge : la neige recouvre arbres et maisons, à l’exception de cette pierre.

Intrigué, Jean Moucque décide de la soulever. Le froid engourdit ses mains et son visage, mais il y parvient au prix d’un grand effort. Ses yeux restent alors fixés sur ce qu’il découvre : posées à même le sol, plusieurs hosties d’un blanc immaculé, parfaitement intactes, malgré les jours passés sous la pierre, dans la neige et l’humidité.

L’homme court aussitôt prévenir le curé du village, l’abbé Prothais. Celui-ci, rempli de joie, décide de ramener solennellement les hosties dans l’église en formant une procession. De nombreux villageois se joignent spontanément à lui.

Une fois le retour accompli, l’abbé Prothais fait placer une croix, entourée d’un buisson épineux, à l’endroit même où les hosties ont été retrouvées. Très vite, des fidèles s’y rassemblent pour prier. Dans les jours qui suivent, c’est un défilé continu ; bientôt, des guérisons jugées inexplicables s’y produisent.

Plus tard, une chapelle – dite des « Saintes Hosties » – est érigée pour accueillir les pèlerins venus de tout le Beauvaisis. Chaque 2 janvier, un pèlerinage y est organisé, au cours duquel une messe est célébrée.

Parmi les nombreuses guérisons rapportées, on cite notamment celle de l’abbé Jacques Sauvage, curé du village, alors complètement paralysé et privé de la parole, ainsi que celle d’un musicien aveugle de naissance, qui recouvre la vue en l’espace d’une minute. Ces prodiges ont été consignés par l’historien local Pierre Louvet (1617 – 1684), éminent archiviste du XVIIe siècle.

Le cours de l’histoire porte cependant de rudes coups au pèlerinage, sans jamais parvenir à l’anéantir. En 1561, le comte et évêque de Beauvais, Odet de Coligny, converti au calvinisme, ordonne de consommer les hosties miraculeuses afin de mettre un terme à un pèlerinage qu’il juge païen. Cette mesure demeure sans effet : les hosties ayant disparu, les grâces continuent, et avec elles l’afflux de pèlerins.

En 1645, un violent orage provoque une inondation du village. La chapelle est endommagée, mais la ferveur populaire redouble et les travaux de réparation sont rapidement entrepris. Jusqu’à la Révolution française, le site demeure un sanctuaire régional très fréquenté.

En 1794, la chapelle des Saintes-Hosties est dévastée. Le pèlerinage n’est pas totalement interrompu, mais il entre dans une longue période de discrétion. En 1880, la chapelle est relevée et consolidée ; après cette parenthèse de près d’un siècle, le pèlerinage reprend avec vigueur.

Les deux conflits mondiaux n’auront pas davantage raison du sanctuaire. En mai et juin 1940, Marseille-en-Beauvaisis est bombardée par l’aviation allemande : on dénombre près de 480 bombes. La chapelle est de nouveau touchée, puis restaurée en 1949. Dès la fin de la guerre, le pèlerinage reprend, désormais fixé au jour de la Fête-Dieu.

La dernière restauration date de l’an 2000. Depuis lors, les pèlerins continuent de venir, une fois l’an, célébrer le miracle eucharistique de 1533.

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.


Au delà

Il est strictement impossible de créer puis d’entretenir un pèlerinage pendant plus de quatre siècles sur la base d’une tromperie ou d’une illusion. À Marseille-en-Beauvaisis, la ferveur populaire entourant le prodige n’a jamais diminué depuis 1533. Pourtant, au XVIe siècle, le contexte était difficile : le Beauvaisis fut durement touché par les conflits entre catholiques et protestants ; l’évêque du diocèse lui-même, Odet de Coligny, passa à la Réforme et fit consommer les hosties miraculeuses pour éteindre le pèlerinage. Le miracle est donc double : la préservation inexplicable des hosties est accompagnée d’une foi invraisemblable et de prodiges qui ne sont pas moindres.


Aller plus loin

Pierre Louvet, Histoire des antiquités du pays de Beauvaisis, Beauvais, 1631-1640.


En complément

  • Carlo Acutis (1991 – 2006), passionné par l’Eucharistie, a entrepris de recenser et de présenter les miracles eucharistiques du monde entier sur un site Internet devenu une exposition internationale. Le miracle de Marseille-en-Beauvaisis y figure et peut être consulté ici .

  • Émile Altette, L’Histoire de Marseille-en-Beauvaisis par ses registres paroissiaux, Le Livre d’histoire, Lorisse édition, coll. « Monographie des villes et villages de France », 2013.

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